Le sorcier blanc et le spectre couleur

Ce mois-ci, Dave musarde un peu. il nous parle de ses prolets, en particulier celui d’un livre d’hemic-fantasy. Ce genre est très populaire parmi les ST-istes, et Dave cherche tout simplement à se faire éditer! Et il fournit quelques conseils précieux pour ceux qui rêvent de voir leur nom sur une couverture. Autre projet qui occupe beaucoup Dave, le Spectre couleur, où comment émuler le Mac couleur sur Falcon. Enfin, pour les malheureux qui ont été martyrisés par leur disque dui; Dave nous fournit une recette extrêmement personnelle pour que ces satanés disques se tiennent à carreau…

Unix, je ne te hais point!

   Il y a quelques temps, j’ai mentionné le langage C et le système d’exploitation Unix dans un article. Pour mon malheur, je n’ai pas usé en cette occasion de métaphores grandioses comme « l’invention la plus démente depuis le fil à couper le beurre », ou encore « le plus génial des systémes de développement, qui a pris la place de Sandy dans ma vie. » Car depuis que je me suis mis à Unix, j’ai souffert d’avoir à ingurgiter l’énorme masse de connaissances que cela nécessite. L’Atari TT, par exemple, est livrable avec Unix, et ce systéme d’exploitation est plutôt dur à aborder pour un débutant (même le bureau du ST est dur à manier pour un débutant complet !).

   Manque de pot, la plupart des utilisateurs d’Unix sont connectés au réseau Internet (voir mes adresses en fin d’article). Beaucoup cessèrent immédiatement de lire l’article parce que la fumée qui sortait de leur naseaux leur obscurcissait la vue, et sautèrent sur leur console pour m’expédier un message incendiaire. Ayant reçu quelques gigaoctets de prose véhémente, je tiens à rassurer les fans d’Unix pourquoi aurais-je acheté deux machines Unix fort coûteuses si je détestais tant ce système ? Pourquoi aurais-je englouti 300 dollars rien que pour des manuels X-Window ? Sans compter un ou deux wagons de livres sur System V, BSD, UUCP, Usenet et j’en passe, que j’ai dénichés en fouinant dans tout ce que Denver compte comme librairies.

   Mais je tiens à préciser qu’Unix n’est pas fait pour être làché dans la nature sans précaution. Le grand public n’est pas prêt. C’est ce que AT&T avait tenté de faire avec le 7300, le « PC sous Unix », qui a été un échec commercial. Le 7300 était joli, avait une belle intenface graphique avec une souris, était plutôt convivial… Rien n’y a fait. Je persiste cependant à croire qu’Unix a de l’avenir (notez bien, je n’ai pas dit « c’est l’avenir », j’ai dit qu’Unix y a sa place).

   On assiste actuellement à une convergence des systèmes d’exploitation. Steve Jobs, à qui revient le mérite de la conception du Macintosh, a coutume de dire que « les bons artistes créent, les grands artistes empruntent ». Cela s’applique à l’informatique. Pour les concepts de gestion de fichiers, nous avons par exemple le système de fichiers hiérarchique (HFS) d’Apple, qui ressemble beaucoup à celui de MS-DOS 2.0 avec ses répertoires, lequel ressemble furieusement aux arborescences de fichiers d’Unix. MSDOS, quant à lui, permet une redirection des entrées-sorties, encore que partiellement implémentée seulement, qui est évidemment inspirée d’Unix. Sans parler du langage C, qui est indissociable d’Unix. Autre exemple, l’interface graphique de Presentation Manager d’OS/2, qui s’inspire de celle du Mac, laquelle a un air de famillè avec les machines développées au PARC, le centre de recherche de Palo Alto de Xerox. Bien que, je m’empresse de le dire, Apple ait apporté beaucoup d’idées originales au Mac. (Vous vous dites que j’ai l’air de quelqu’un qui écrit quelque chose par crainte d’un procès, hmmm ? Gagné !) Notre industrie fourmille de bonnes idées empruntées. [NdT : à l’appui des dires de Dave, relire les annonces récentes de systèmes d’exploitation permettant de faire tourner indifféremment des applications PC, Mac ou Unix sur une même machine.]

Temps partagé

   Ceci dit, je n’ai pas eu le temps de m ennuyer ces dernières années. J’ai plus de projets sur le gaz que je n’ai de temps à leur consacrer. Je vous parlerai de mes projets les plus avouables tout à l’heure. Mais ma vie ne se résume pas à un circuit imprimé et à quelques milliers de lignes d’assembleur 68000. J’ai un vieux projet nommé Hyperweb, très ambitieux, que je décrirais en gros comme un nouveau concept de système d’exploitation. J’avoue avoir été souvent tenté de lâcher mes débogages de Spectre GCR pour me consacrer à Hyperweb. Mais les clients d’abord.

   Quand vous concevez quelque chose de neuf, vous devez commencer par regarder ce qui se fait déjà. Certes, mon intuition est loin d’être infaillible je ne croyais pas qu’il y aurait de la demande pour un émulateur Mac avec des ROM de 128K), mais il m’est arrivé de voir juste je pensais bien que les gens s’intéresseraient à un émulateur Mac). Et je pense que Hyperweb changerait complètement la façon d’utiliser les ordinateurs, de même que Sidekick a complètement changé la façon d’utiliser les PC.

   Bon, d’accord, pas complètement. Ceux qui ne savent que taper « 123 » pour lancer Lotus à partir de l’invite « C:> » sur leur PC n’auront pas besoin de Hyperweb. Mais les fonctions que celui-ci fournira sont Si essentielles qu’elles auraient déjà dû être incluses dans les ROM des machines.

   Mais pour ne pas réinventer la roue, j’ai dû me familiariser avec ce qui se fait dans ce métier. Je me suis donc successivement frotté au Macintosh, au GEM du ST, au PC. J’ai acheté un Amiga. (Eh oui Allez-y, envoyez les tomates !) J’ai apprécié le concept de multitâche de cette machine, j’ai moins aimé les atrocités de son langage de commandes. Et j’ai deux machines Unix.

   Curieusement, j’ai découvert que je n’ai pas à emprunter des idées pour Hyperweb. Toutes ces machines auraient bien besoin de la boîte à outils d’Hyperweb. C’est rassurant, car si j’avais par exemple trouvé une idée à emprunter dans Unix, quinze personnes auraient inévitablement été en train d’en préparer une version pour PC. Hyperweb est donc un territoire à défricher. Et de temps à autre, un programme comprenant certains des concepts de Hyperweb apparaît sur le marché, et est salué de bancs d’essais flatteurs. Ce qui montre que l’idée est bonne et que d’autres développeurs y pensent également.

   Je suppose que vous désirez savoir si la première version d’Hyperweb sera écrite sur ST. Franchement, je ne sais pas encore. J’ai défini le concept, je sais ce que ce code doit faire, mais je n’ai pas encore défini la disposition des écrans, ni l’interface utilisateur, qui est primordiale. (J’en ferai probablement une maquette sous HyperCard, qui est aussi un excellent générateur de démos d’applications.)

   Mais le vrai problème, c’est que Hyperweb doit être écrit de manière portable. Ce qui signifie qu’il me faut l’écrire en C, un langage à l’encontre duquel j’ai un blocage mental. Après, Si je veux le porter sur différentes machines, je n’aurais à réécrire que les habituelles adaptations spécifiques aux systèmes.

   Je ne vous dit pas cela pour me faire mousser, mais pour vous donner un aperçu de la façon dont on développe un programme novateur. Quelqu’un qui travaille sur plusieurs types de machines commence à rêver et à imaginer ce qu’il aimerait trouver dans les systèmes d’exploitation de ces bécanes. Si ce rêve lui plaît, il l’implémente. Et si l’implémentation lui plaît tant qu’il pense que d’autres l’aimeront aussi, il le peaufine avant de le commercialiser. La plupart des bons programmes du marché ont vu le jour sous forme de bidouilles amoureusement fignolées. Alors que beaucoup de programmes froidement conçus par des comités comme des montages commerciaux se sont soldés par des échecs cuisants.

   En fait, ma grande ambition est de voir Hyperweb finir par être un morceau des ordinateurs du futur, et d’être plus connu pour ce morceau que pour mes émulateurs Mac. Pour citer deux auteurs de SF « Presque aucun exploit n’est impossible à qui n’en revendique pas le mérite. » (Roland Green et Jerry Pournelle).

Le sorcier blanc

   J’ai un autre projet qui lutte avec ses rivaux dans mon cerveau pour obtenir un peu plus de temps de processeur. Il s’agit de deux romans d’heroic-fantasy. Le premier, Le sorcier blanc, a été achevé en 1984, et fièrement soumis à un éditeur. A ma grande surprise, j’ai reçu une lettre de refus Il faut dire que d’habitude, je suis plutôt gaté. Tenez, le tout premier article que j’aie écrit, qui expliquait les modes graphiques de l’Atari 800, a été accepté par la revue Creative Computing, et depuis, les lettres de refus ont été rares. Par contre, la fiction est un domaine oû je n’ai jamais fait mes preuves. Un roman est beaucoup plus dur à écrire qu’un article, mais créer quelque chose d’entièrement neuf est très gratifiant, et j’aime beaucoup écrire.

   Créer un univers de papier est parfois pénible. Une veille blague, qui n’est sans doute drôle que pour les auteurs, dit que « Dieu a inventé la page blanche pour prouver aux écrivains que créer un univers n’est après tout pas si simple ».

   Le livre « Le sorcier blanc » trouve son origine dans le morceau Foreplay du groupe Boston. C’est le troisième morceau de leur premier album, et à mon humble avis, c’est le meilleur album de rock de la Création. (Et, bien sûr, chacun ou presque a son meilleur album. Je ne suis pas en train d’essayer de vous convertir !). Le livre s’esquissa pendant que je l’écoutais. Et peu à peu, il prit forme dans mon esprit, pendant que je conduisais, ou que j’attendais que se termine un assemblage… En fait, le livre tournait en tâche de fond dans ma tête et revenait à l’avant-plan chaque fois que mon cerveau avait du temps libre à lui consacrer.

   Mettre mes activités créatrices en tâche de fond est une vieille habitude. Mes professeurs appelaient cela « rêvasser ». Vingt ans après, je réalise qu’ils se trompaient l’important, c’est de concrétiser ces rêvasseries. Après tout, il y a bien des gens qui sont payés pour interpréter les rêves nocturnes, alors pourquoi ne mettrais-je pas à profit mes rêves diurnes ?

   J’ai donc couché ce projet de livre sur le papier. Puis je l’ai fait réviser par un correcteur indépendant, qui m’a dit tout ce qui n’allait pas et m’a rendu une liasse de papier couverte de marques rouges. J’ai corrigé mon brouillon, et ai envoyé le manuscrit à un éditeur. En retour, celui-ci m’a envoyé une magnifique lettre de deux pages. Attention, pas un de ces formulaires de rejet succincts, mais une vraie lettre, dans laquelle l’éditeur disait qu’il n’était pas sûr de faire le bon choix, qu’il avait lu et relu le manuscrit avant de décider de ne pas le publier, et qu’il souhaitait que je lui envoie mon prochain.

   En discutant avec d’autres auteurs, je me suis aperçu que ce n’était pas exactement le style usuel des lettres de refus. C’est pourquoi je persévère. J’ai donc lu beaucoup, demandé moult opinions, et je me sens à présent mieux armé qu’en 1984. Il est donc temps de refondre et réécrire ce bouquin.

   C’est ainsi que les personnages du Sorcier blanc sont de retour à l’arrière-plan de mon cerveau. Certaines choses n’ont pas changé. Nimue, l’apprenti de Merlin, se bat toujours en 1342 pour éviter que la peste noire n’anéantisse la race humaine. Kevin perd toujours le contrôle d’un démon qu’il avait invoqué pour combattre le Sorcier noir, à son grand dam. Et chaque fois que j’ai un peu de temps, entre deux bogues ou deux routines, ces êtres s’animent et évoluent. L’interruption qui suit immanquablement les fige à nouveau jusqu’à la tranche de temps suivante (changement de contexte, pour parler en unixien !), et il me faut une bonne seconde de temps de latence pour revenir à la réalité.

   Quant au second livre, c’est en patientant à un feu rouge que j’y pense le plus. Il faut dire que je déteste les feux rouges. Je parierais que l’enfer en est truffé. Alors plutôt que de les maudire, je m’occupe en rêvassant utilement…

   Et puis d’abord, je ne rêvasse pas, je pense, môssieu! Ou plus exactement, je me pose des questions. Et je m’en pose à longueur de journée. Poser des questions inédites, c’est la clé des découvertes. « Pourquoi ne peut-on pas faire tourner des programmes Mac sur le 68000 d’un ST ? » Réponse : on peut, voir le Spectre. Pourquoi ne peut on pas travailler directement sur les fichiers en fonction de leur contenu et non pas, comme actuellement, en fonction de ce qui est commode pour les programmeurs ? » Réponse : Hyperweb. « Pourquoi la magie, qui semblait marcher jadis si l’on en croit les légendes, ne marche-t-elle plus ? » Réponse dans Le sorcier blanc. « 

   Bien sûr, 90% des questions ne mènent nulle part, et ne font qu’irriter mon entourage. Heureusement, ma femme est d’une infinie patience.

   Tout le problème est donc de trouver les bonnes questions. Comme un prospecteur d’or, il me faut passer au crible beaucoup de boue avec de trouver des paillettes. Jusqu’à présent, cela n’a pas trop mal marché, puisque j’ai même un certain renom dans le monde Atari.

Les servitudes de la gloire

   Ne me prenez pas pour un poseur si je vous confie qu’être connu n’a pas que des avantages. Il y en a quelques-uns : en particulier, il est amusant d’avoir sa photo dans des magazines d’informatique, voire en couverture.

   Mais avant de commencer à m’envier, sachez qu’il m’est quasiment impossible de visiter normalement un salon informatique. J’aimerais pouvoir me promener entre les stands, poser des questions, et profiter des démonstrations. Mais le plus souvent, je suis soumis à un feu roulant de questions, et je m’enroue à force de m’égosiller dans le micro du stand. Et encore, j’arrive tout juste à me faire entendre. Il me faut ériger une barricade de tables pour avoir une chance d’échapper à la foule.

   Ensuite, si par malheur, je fait trois pas dans une allée, une demi-douzaine de personnes surgissent pour me poser « juste une question rapide sur le GCR », et je ne peux rien visiter.

   Et si un produit exposé me plaît, le revendeur veut me l’échanger contre un Spectre, veut l’autorisation de me citer comme utilisateur de son produit, et veut savoir si j’en ferai un banc d’essai, et pour quel journal. Pas moyen de lui tendre ma carte de crédit et d’en terminer.

   Le pire fut un salon oû il me fallut aller aux sanitaires, espérant pouvoir au moins échapper à la foule un instant. Mais quatre personnes m’y suivirent, sans interrompre leur discussion! J’étais au bord de l’agoraphobie. J’aimerais quand même pouvoir visiter un salon tranquillement ! Peut-être qu’en portant un faux nez et des lunettes façon Groucho Marx, la prochaine fois ?…

Spectre couleur

   À propos de questions, l’une de celles qu’on me pose le plus souvent concerne le Spectre couleur. On me demande fréquemment quand il sortira. Il est toujours appréciable de constater qu’il y a une demande pour un appareil que vous pouvez fabriquer. Même si concevoir cet appareil peut mettre en péril un équilibre mental déjà précaire…

   Car le Spectre couleur pose de réels problèmes techniques. Dans les ROM des Mac couleur se trouvent une série de routines graphiques, nommées Color Quickdraw, qui utilise les instructions à champ de bits du microprocesseur. Ces instructions comprennent une partie variable dans laquelle on place des bits en fonction de ce que l’on veut faire. Et elles ne se trouvent que dans le 68020 ou le 68030. Cela implique que les ST, contenant des 68000, ne pourront pas faire tourner les routines Color Quickdraw. Point final. Il faudrait ajouter un 68030 à un ST, ce qui est une extension plutôt coûteuse. De plus, le GCR devrait être modifié pour s’accommoder des nouvelles ROM de 256 Ko ou 512 Ko, voire des barrettes SIMM contenant de la ROM. Encore une extension, qui réclamera une refonte totale du circuit imprimé du Spectre, sachant que le port cartouche du ST ne permet d’adresser que 128 Ko.

   Car sachez qu’en ouvrant des Mac couleur, on trouve une grande variété de ROM différentes (je ne parle pas du SE qui n’a pas de ROM couleur)

  • Mac Il : 68020, 4 EPROM de 64 Ko
  • Mac lix 68030,1 barrette SIMM de ROM
  • Mac SE-30 : idem
  • Mac llcx: idem

   Il faut y ajouter les llfx, lîci, lîsi et tous les modèles que les commerciaux de l’équipe de John Sculley ont cru bon de sortir. Certains ont des ROM de 512 K! C’est pourquoi il ne faut pas acheter un jeu de ROM à la légère. Le prix de ces ROM varie énormément, et certains ne marcheront pas sur le futur Spectre couleur, s’il sort jamais.

   Oui, j’étudie la question. J’ai cessé de dire non, tout au moins. Jusqu’à la sortie du Falcon, il était déjà difficile de savoir sur quel Atari on pouvait faire tourner QuickDraw. Le TT, le seul Atari à base de 68030, n’affichait que 16 couleurs en haute résolution. Certes, à sa sortie d’usine, le Mac II n’affiche également que 16 couleurs, et la première chose que font ses utilisateurs est de commander une extension de RAM vidéo, afin de pouvoir afficher 256 couleurs. Des cartes graphiques comme la Crazy Dots permettent d’augmenter la résolution du TT, mais la plupart sont basées sur des générateurs vidéo conçus pour les PC et qui exigent (ô abomination !) de la mémoire découpée en segments de 64 Ko! Le 68030 utilise une mémoire normale, linéaire, sans ces découpages aberrants hérités d’un temps reculé où les touches des claviers des ordinateurs étaient en ivoire de mammouth. Il est quasiment impossible de faire fonctionner ces générateurs sur un 68030. Sauf peut-être avec un ignoble bricolage oû la MMU ferait une pagination par 64 Ko, et qui serait d’une lenteur effroyable ! (A moins qu’avec une carte Chromax sur le port VME du TT… Hmmm…)

   Bref, le seul ordinateur qui convienne est le Falcon 030. Il a un 68030 à 16 MHz et un bus de 16 bits, avec d’excellents modes vidéo, et peut faire du 640 x 480 en 256 couleurs. Je ne désespère pas de parvenir à faire marcher l’affichage du Falcon comme celui de la carte vidéo standard du Mac II. (Pour une discussion détaillée du rôle de la mémoire vidéo et de la haute définition dans les performances d’un ordinateur, voir « Philosophie et conception du SST 68030 ».) [NdTparu dans ST-Mag n°55.]

   Le Falcon est également doté d’un connecteur interne, qui conviendrait à merveille pour y enficher une carte Spectre dotée des ROM couleur. Atari s’y intéresse, et nous a donné un Falcon dès mai 1992!

   C’est pourquoi je crois que nous pourrions arriver à mettre au point un Spectre couleur, au prix cependant d’un travail titanesque. Au vu de l’expérience acquise avec les ROM 64 K et 128 K, je peux vous assurer que Color Quickdraw ne se laissera pas dompter simplement. Notez bien que j’étais également très intimidé par les ROM 128 K, et j’ai commencé à les faire fonctionner en à peine trois mois. Ma chance tiendra-t-elle une troisième fois ? C’est un sacré pari!

   Oui, nous pouvons y arriver, mais… Y aura-t-il assez de Falcons vendus pour constituer un marché ? Presque tous ceux qui ont vu un Falcon admettent que c’est une machine fantastique, et beaucoup en veulent un. Les gens craignent cependant qu’Atari ne fasse pas suffisamment la promotion du Falcon (« comme d’habitude », ai-je souvent entendu), en particulier aux USA. Atari a des ressources limitées. Le magazine financier Forbes a passé Atari en revue dans un article paru en 1992, et le résultat incite à la prudence. L’article concluait cependant qu’Atari a suffisamment de fonds pour lancer une campagne de promotion sur le Falcon. Il me vient une image mentale d’un oisillon jeté hors du nid à grands coups de pied par un publiciste lui criant « Vas-tu voler, crénom ! » [NdTAtari a depuis décidé que ses ressources publicitaires seraient concentrées sur la console Jaguar jusqu’à ce que redémarrent les ventes d’ordinateurs, que la récession a écornées.]

   Cela pose à Gadgets By Small un cas de conscience. Nous ne savons pas combien de Falcons seront vendus, donc nous ne savons pas s’il y a un marché suffisant pour un émulateur Mac couleur sur cette machine. Ou bien les utilisateurs du ST ou du TT voudraient-ils d’une extension Mac pour carte SST 68030 ? Votre avis est le bienvenu. Vous avez nos coordonnées en fin d’article. Vous pouvez nous joindre par télécopie ou par courrier électronique.

   Quant au nom du produit… Spectre GCR est déjà le nom le plus mal prononcé de l’histoire de l’informatique. Les gens nous posent des questions sur le « Specter GRC » ou autres déformations. Si jamais nous sortions un Spectre CGCR (Color Group Coded Recording), le taux de déformation linguistique ambiant pourrait bien croître jusqu’à mettre en danger la civilisation ! Si vous avez une proposition pour un beau nom sonnant bien, faites-nous le savoir.

Faire un exemple

   Puisque nous parlons de projets de développement, permettez-moi de vous raconter comment j’ai fait pour me débarrasser de mes problèmes de disques durs. Il était une fois deux disques durs… Ça commence comme un conte de fées; mais ça tourne rapidement au cauchemar. Dieu sait que les disques durs en ont causées, des histoires d’horreur, mais il semble que je les collectionne. Il faut dire que je développe des routines de pilotage de disque, ce qui explique beaucoup de défaillances durant un test, au moindre bogue d’une routine d’écriture disque, le disque dur entier est corrompu, et il faut tout reconstituer. Le développement du Spectre s’est d’ailleurs accéléré lorsque j’ai acquis une unité de sauvegarde sur bande ICD. Chaque fois que je rajoutais quelque chose à mes disques, je les sauvegardais, et en cas de pépin, je pouvais les restaurer plus rapidement.

   Mais ces deux disques-là m’ont rendu cinglé. Sur l’un d’eux, j’avais réuni le contenu de nombreuses disquettes, passant des heures à cataloguer et vérifier les fichiers. Je m’apprêtais à tout sauvegarder lorsque le disque dur planta, et perdit ses données d’alignement en piste 0. Rideau, irrécupérable.

   Sur un autre, je perdis des données importantes et des heures de travail sur Spectre, dont de nombreuses corrections de bogues. Et RIEN N’EST PLUS ENERVANT QUE DE CORRIGER DES BOGUES POUR LA DEUXIEME FOIS !… Ahem. Excusez-moi, je m’emporte. Deux disques de 20 mégaoctets, vous vous rendez compte ?

   Alors, un beau jour d’août, mon voisin et moi sommes allés à un stand de tir. J’avais amené mon petit bijou, un fusil AR-15 à lunette de visée télescopique acheter du viagra pharmacie. (Avec quelques éléments en moins, l’AR-15 est identique au M-16.) Ceux qui détestent les armes parmi vous ne vont sans doute pas comprendre, mais j’aime le tir à la cible, parce que c’est l’un des sports les plus intenses qui soit. Il n’y a que vous, la cible, et votre aptitude à maintenir une visée parfaite. La plus minuscule erreur, et c’est un manqué irrémédiable. Par contre, le style Dirty Harry qui défouraille dans tous les coins, ce n’est pas mon genre.

   Hormis le fusil, j’avais aussi amené ces deux satanées « gamelles », harr harr harr !… (Rire sadique.) Nous avons pris deux batteries de 6 volts. Le négatif de l’une à la masse, et son positif sur le +5 V. L’autre batterie entre le +5 V et le +12 V. Ce n’était pas la tension exacte, mais c’était suffisant pour lancer les moteurs des disques. Ceux-ci entrèrent en rotation avec un sifflement crescendo, se moquant probablement de l’humain à qui ils avaient joué ces bons tours.

   Nous avons reculé de deux cents mètres et mis l’AR-15 en position. Avec sa lunette grossissant neuf fois, je pouvais presque lire les étiquettes de garantie sur les disques. Et j’ai fait un beau trou dans chaque disque. Et même plusieurs. Bon, d’accord, je l’avoue, j’ai criblé de balles ces sales mécaniques !..

   Ce fut très réjouissant. À la première balle, les plateaux, tournant à 3600 tours par minute (60 tours par seconde !) s’immobilisèrent presque instantanément. L’énergie de rotation emmagasinée se libéra, envoyant les disques tournoyer dans les airs, et éparpillant leurs morceaux aux quatre coins de la planète avant de retomber. Sans doute ce qu’on appelle un atterrissage, hin hin hin…

   D’après Sandy, je souriais jusqu’aux oreilles en rentrant chez moi, avec mes deux disques réduits à l’état d’épaves. En descendant l’escalier qui mène à mon labo, je les entendais cliqueter d’un bruit de ferraille, à cause des morceaux qui se baladaient à l’intérieur et des trous de calibre 5,56 mm dans leur carrosserie.

   Sur les disques durs que j’utilise, j’ai posé les épaves, et je leur ai dit « Vous voyez ces disques ? Essayez donc de me contrarier, et vous subirez le même sort. »

   À ce jour, mes autres disques n’ont pas bronché.

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